Citizen Jazz-Manuel Hermia trio au Bruges BJM

Puis Manu Hermia que nous avons déjà chroniqué sur Citizenjazz même (voir Rajazz sur le label Igloo 190, 2006). Il présente en trio avec Manolo Cabras (contrebasse) et Joao Lobo (batterie et percussions) un programme intitulé « Long tales and short stories » Excellent saxophoniste et aussi flûtiste comme le veut la tradition américaine, post coltranien , si on veut le classer, qui sait jouer parfaitement des métriques indiennes…avec deux acharnés à la rythmique qui assurent une assise plus que confortable.

Un trio très rapproché, équilatéral, resserré même sur scène autour du pilier mât de la contrebasse ; un groupe plus que soudé qui enflamme par la conviction farouche de son jeu. Là c’est Sartre qui est convoqué : Je ne puis prendre ma liberté pour but que si je prends également celle des autres pour but.

Pour suivre le fil conducteur de cette musique « spirituelle » Cela commence avec « the story of a caress » qui, sur un ostinato de la basse délivre une drôle d’étreinte, précise, profonde et fatale. C’est le temps qui est ainsi décompté sur cette pulsation, le temps de l’amour et aussi de la vie. Etrange et fascinant ce premier morceau, envoûtant sans griserie. Sur la pulsation du cœur que relaient les frémissements et coups assourdis de la batterie, s’écoule la plainte du saxophone.

Difficile de sortir de ce premier appel frappant, même si avec le juste titre de « The color under my skin », qui parlera peut être à certains blancs de peau et d’apparence, on glisse à l’est, changeant d’univers géographique du moins, pour chercher du nouveau ou retrouver un sens. Accélérations exaltées, figures rythmiques complexes et le saxophoniste reprend la main, traçant de longues et voluptueuses sinuosités de son soprano, légèrement acide, une chorégraphie aérienne que sous tend le martèlement continu, finement assourdissant de la rythmique qui jamais ne cesse ce pilonnement assidu.

« The Geisha from Tokyo » est une courte improvisation à la flûte, Rajazz #5 qui tente de faire se rejoindre jazz et raga, est un portrait de Coltrane comme d’autres se livrent à une évocation littéraire des musiciens. On l’aura compris, les « Long tales »sont une suite de compositions ouvertes, alors que les «Short tales » sont des improvisations collectives spontanées.

Un jazz « free », essentiel pour ce saxophoniste engagé qui vit dans le temps, l’instant immédiat, présent de la spontanéité. Avec un idéal de communication humaine, de liberté partagée, « surveillée » dans la mesure où elle prend conscience de l’autre. Et je me souviens de l’exaltation tangible lors du dernier morceau « Crazy motherfucker » qui finit follement ce programme charnel.