Long Tales and Short Stories, Manuel Hermia Trio

Manuel Hermia est un musicien sans frontières qui a multiplié les engagements et les expériences. Son jazz repose sur un principe qui se définit à peu près comme une recherche mélodico-harmonique et un mélange de couleurs entre modalité et tonalité.

Mais foin des principes, force est de constater que ce disque est une belle surprise et source de plaisirs. Sur tous ses instruments Hermia joue d’un son droit, sans vibrato. Aux saxophones il a un son ample, chaud, timbré, puissant, avec des attaques nettes. Il est réellement à la croisée de John Coltrane, Steve Lacy avec une touche d’Ornette Coleman : influences assimilées dans un style tout à fait personnel et emballant. Il est peut-être moins convainquant à la flûte. Il joue également du Bansuri, qui est une longue flûte traversière en bois venant plutôt de l’Inde du Nord. Le batteur-percussionniste est parfait dans ce trio sans piano ni guitare, créant les couleurs rythmiques appropriées, il y a un peu d’Elvin Jones en lui, tandis que la contrebasse assure la trame harmonique.

Rappelons qu’Hermia a enregistré des « Musical Portarits » dans lesquels il y avait un portrait repris ici dans « Rajazz #5+6 », très méditatif et lyrique.

Les morceaux, tous fort intéressants, ont été écrits par les musiciens du trio. On trouve aussi bien des atmosphères de grand calme, mais toujours très expressive telle que « « The Story of A Caress », véritable caresse musicale, ou endiablée telle « Crazy Motherfucker ».

Un trio à ne pas rater.

Serge Baudot ( Jazz Hot, avril 2012 )