"Le deuxième millénaire ne pouvait décemment pas tirer sa révérence sans nous offrir un nouveau groupe aux accents métissés, une formation qui navigue allègrement entre le rock et le jazz mais aussi entre l’Inde et l’Afrique pour en arriver à une forme musicale qui ne s’apparente à aucune autre, une sorte d’argot sonore particulièrement attachant …

D’argot il sera justement question puisque le trio originel a choisi de s’appeler Slang, et c’est en s’exprimant avec leur propre énergie et leur propre couleur que François Garny (basse, guitare et chant), Manuel Hermia (saxophones, flûtes …) et Michel Seba (percussions) qui ont été accompagnateurs pour une multitude de grands pontes du rock, de la pop et de la variété ont accouché de leur premier album en 2000, lui offrant des successeurs en 2002 et en 2006 et renouvelant aujourd’hui l’opération avec un quatrième opus transposable à la scène grâce à des illustrations en images soigneusement orchestrées par Lucas Racasse, vidéaste émérite spécialisé dans l’animation en live.

La première écoute de ce nouvel effort ne laisse aucun doute sur les raisons qui ont poussé Slang à l’appeler « Karmasutra » …

C’est un empilage méticuleusement orchestré de sons et de couleurs musicales qui s’offre à l’auditeur dès les premières mesures de ce quatrième album, une véritable partouse sonore dans laquelle le jazz et le rock s’unissent avec une certaine bestialité pour en arriver non pas à du free jazz, exercice souvent hermétique pour le profane, mais bel et bien à une forme de rock expérimental totalement débridée que d’aucuns taxeraient même à l’occasion de progressif si l’on leur en donnait l’occasion.

De New Delhi à Bamako, de Katmandu à Tombouctou, de Bruxelles à New York, c’est dans un voyage sans fin que nous entraîne Slang, une forme d’errance imaginaire tantôt instrumentale tantôt accompagnée d’une touche de chant mais toujours conduite avec à l’esprit la recherche de l’harmonie parfaite, celle à laquelle on ne saurait résister !

On apprécie le versant le plus psychédélique de l’ouvrage, ces basses slapées qui apportent une couleur chaude et accueillante aux morceaux tandis que les flûtes leur donnent leur côté le plus piquant, le tout formant une sorte de base aigre-douce sur laquelle les breaks et autres improvisations rebondissent à n’en plus finir pour donner des « Raga Raga », « Diga Me », « Les cinq doigts de la main » ou « L’odeur de la peau », autant de titres aux allures changeantes qui rien ne prédisposait à se retrouver réunis sur un seul et même album si ce n’est leur élégance commune.

A l’école du « Karmasutra », chacun retiendra ce qui lui convient le mieux, le rock déjanté pour l’un, les touches orientales pour l’autre, le grain jazzy d’un saxophone qui n’en finit plus de pleurer ou encore ces percussions qui rappellent que le jazz est avant toute autre chose une musique noire … Inutile de chercher une raison, elles sont toutes valables quand il est question d’aimer ce nouvel album de Slang !"