« Le murmure de l'Orient », une musique pour s'apaiser, réfléchir à soi, méditer. Entretien. Il suffit de ne pas avoir peur, de s’immerger, de se laisser envahir par le murmure de la musique. Et alors le dernier album de Manuel Hermia offre toutes ses richesses, comme un fruit qui déverse ses parfums dans la bouche.

Les parfums de l’Orient, du calme, de la sérénité et du temps qui s’étire. Manuel Hermia, 47 ans, est submergé par les effluves orientaux. Il en a épicé sa musique, avec son premier double album Le murmure de l’Orient en 2005, avec son Rajazz en 2007, avec le Karmasutra de Slang en 2009, avec Long tales and short stories de son trio en 2011. Voici qu’il sort un nouveau double album intitulé Le murmure de l’Orient. Un disque à écouter avec ravissement.

Un double CD de musiques basées sur des ragas indiens, n’est-ce pas de la folie aujourd’hui ?

Je crois qu’il faut s’écouter. C’est un projet qui me tenait à cœur, ça me permet de penser la musique de façon totalement opposée à ce que je fais avec mon trio, avec Slang. Pas une musique pour être extraverti, pour sortir des choses, mais une musique pour se retrouver avec soi. C’est en voyageant en Inde que j’ai découvert qu’il y avait des gens qui faisaient de la musique pour qu’on ferme les yeux, pour se retrouver et je trouve ça fabuleux. En dehors de toute considération d’image, de produit vendable ou pas, à un certain moment il faut se dire : j’ai envie de faire ça en musique, et je le fais, sinon à quoi bon ? C’est une musique de méditation ? Oui, fondamentalement. Mais on n’est pas obligé de méditer. Le rapport à soi fait partie de la vie.

Des gens se retrouvent eux-mêmes quand ils boivent un verre seuls à une terrasse ou en faisant du yoga, peu importe, il y a toujours des moments où on a envie juste de se tourner vers l’intérieur de soi et la musique peut aider à ça, nous mettre dans un temps plus propice, dans le calme. En écoutant ce genre de musique, on a un peu la tête qui tourne, comme quand on va s’endormir, mais en même temps on reste éveillé et les émotions sortent. Les émotions sont là en permanence dans notre vie, c’est une façon de s’en rapprocher, de plus les écouter, de les faire sortir.

C’est une façon de plonger dans les émotions. « Murmure de l’Orient », ça veut dire quoi ? C’est prendre le temps, se tourner vers soi et on en a besoin dans ce monde moderne, trépidant et plein d’artifices. Mais sans tomber dans le truc new age, parce que je n’aime pas ça. Murmure par rapport au bruit assourdissant de notre société ? Oui. Et aussi parce que la musique est douce, ce qu’elle souffle à l’oreille de l’âme, c’est cette douceur de vivre et ce rapport à soi. Le murmure, c’est aussi : n’aie pas peur de la solitude, prends une heure pour toi, écoute-toi, lâche-toi.

On n’est pas obligés de faire du yoga et de se costumer pour cela. Jean-Claude Vantroyen publié dans Le Soir du Mercredi 6 Février 2013, 17h20